Samedi 21 novembre 2009 6 21 /11 /Nov /2009 19:58

Comme rapporté par ailleurs, les religions ont toujours défendu toute pratique liée à la génération et maudit celle ayant pour résultat la stérilité. L’Egypte antique glorifiait Horus, identifié par certains à Priape, tandis qu’elle se mit à maudire Seth lorsqu’il fut assimilé à Typhon, entité personnifiant la stérilité, le représentant du climat aride. Des temples, comme ceux de Bélial ou de Belzébuth, de Lilitu et d’Asmodée furent condamnés pour exécuter des pratiques charnelles au cours de leurs rites sacrés, lesquelles honoraient l’antre de Ganymède, c’est-à-dire celui qui ne féconde pas. Nous savons aussi que nombre des Gnostiques antiques montraient une aversion pour le Dieu de ce monde, qu’ils nommaient Ildabaoth (ou Ialdabaoth), le jugeant « méchant et violent » et pratiquaient ainsi volontairement par derrière afin de ne surtout pas assurer la génération pour lui.

 

Les écrits n’abondent pas d’informations sur ce sujet, beaucoup furent détruits, brûlés, mais, hormis les outrances inhérentes au tempérament humain, jusque-là, ces pratiques étaient toujours consenties volontairement, « exécutées tout naturellement ». Il y a bien quelques prostitutions sacrées à Babylone où l’on compte des femmes d’un haut rang qui venaient commettre leur sacrifice sexuel au temple et se faisaient amener voilées de la tête au pied afin de n’être pas reconnues, gênées sans doute par l’usage… et ses conséquences.

 

Non, la sodomie hérite définitivement de sa mauvaise réputation au premier moyen âge. Une phrase, citée de « Justine ou Les malheurs de la vertu » du Marquis de Sade, interpelle notre curiosité : « Vous le savez, ma chère, près des autels de Cypris, il est un antre obscur où vont s’isoler les Amours pour nous séduire avec plus d’énergie ; tel sera l’autel où je brûlerai l’encens ; là, pas le moindre inconvénient, Thérèse, si les grossesses vous effraient, elles ne sauraient avoir lieu de cette manière, votre jolie taille ne se déformera jamais ; ces prémices qui vous sont si douces seront conservées sans atteinte, et quel que soit l’usage que vous en vouliez faire, vous pourrez les offrir pures. Rien ne peut trahir une fille de ce côté-là, quelque rudes ou multipliées que soient les attaques ; dès que l’abeille en a pompé le suc, le calice de la rose se referme ; on n’imaginerait pas qu’il ait jamais pu s’entrouvrir. Il existe des filles qui ont joui dix ans de cette façon, et même avec plusieurs hommes, et qui ne s’en sont pas moins mariées comme toutes neuves après. Que de pères, que de frères ont ainsi abusé de leurs filles ou de leurs sœurs, sans que celles-ci en soient devenues moins dignes de sacrifier ensuite à l’hymen ! A combien de confesseurs cette même route n’a-t-elle pas servi pour se satisfaire, sans que les parents s’en doutassent ! C’est en un mot l’asile du mystère, c’est là qu’il s’enchaîne aux Amours par les liens de la sagesse... »

 

 

A l’heure où certains prêtres priaient saint Foutin, que leur débauche dominait les exercices religieux, il est à croire que lorsqu’il leur fut demandé d’intégrer dans leur programme la confession, les pénitences ou punitions ne concernèrent point des prières mais des sévices charnels. A telle femme qui venait avouer une faute dans le confessionnal, surtout si elle se rapportait au domaine luxurieux, un adultère par exemple, le religieux imposait la sodomie comme punition. Idem avec un homme, le prêtre n’avait point d’à priori. Parfois, avaient lieu des séances de flagellation mais le plus souvent, il s’agissait d’actes sexuels licencieux, fellations, sodomie, sado masochisme. Que ces pratiques soient acceptées par chacun des participants, et c’est un principe pour tout sataniste, cela se comprend ; mais lorsqu’elles sont contraintes, cela dépasse l’acceptable.

 

 

Un homme s’éleva officiellement contre ces pratiques, Pierre Damien (1007–1072), devenu pour cela saint Damien. Il écrivit en 1049 le « Liber Gomorrhianus » ou « Livre de Gomorrhe », dont traite Véronique Martel dans son ouvrage « La sodomie, le Diable et la contre nature ». Son credo abonde dans le sens de l’Eglise : « La sodomie, c'est l'immense domaine des actes sexuels dénués de finalité procréatrice ». « La sodomie englobe donc toutes les situations qui apportent une perte du sperme, que ce soit par masturbation, par relation anale ou orale, etc. que la relation ait lieu avec un homme ou avec une femme n’a aucune importance ; ce qui est condamné, c’est d’avoir gaspillé la semence. Cependant, l’une des ramifications de la sodomie en général, l’homosexualité, est très fortement condamnée car, en plus d’un gaspillage de sperme, ce qui est déjà considéré comme un acte blasphématoire et contre nature, on assiste à une union qui nie tous les concepts familiaux bibliques, qui brave les interdits les plus formels de la loi divine. L’homosexualité en tant que telle est donc punie beaucoup plus lourdement que la masturbation, même si l’Église punit toute perte séminale volontaire ».

 

Saint Damien dénonce : « Pour lui, la sodomie est une hérésie, une machination diabolique.  Le clergé est infiltré par des hérétiques, par des suppôts de Satan. Le culte n’est pas rendu par des hommes chastes et purs, mais par des fornicateurs et des blasphémateurs ». Il ajoute que « la chrétienté ne doit pas reposer sur de tels hommes ; étant pécheurs, comment pourraient-ils absoudre leurs semblables ? Comment pourraient-ils célébrer l'office divin ? Il faut remédier au problème très rapidement et sévir sévèrement, car la chrétienté pourrait être victime du même sort que Sodome et Gommorhe ». Une telle accusation abonde dans le sens des écrits de Jacques-Antoine Dulaure, longuement commentés par ailleurs, et que certains religieux, prêtres, moines, chanoines, abbés, et plus encore, qui n’étaient pas du tout les mêmes que nous connaissons aujourd’hui, car inspirés encore très fortement par les cultes païens hérités du monde romain, commettaient nombre de pratiques licencieuses au nom de leur culte. Et que la sodomie entrait en scène lors des pénitences de confessions, ou bien, heure de gloire, lorsqu’il convenait de sacrifier pour tel ou tel saint, ancienne divinité païenne et futur démon.

 

Pour saint Damien, « il était urgent de sévir d’autant plus que l’Église ne semblait pas s’en préoccuper, non plus que les autorités civiles. Pour qu’une réelle pureté soit atteinte dans l’Église, il était impératif de faire en sorte que la sodomie soit dénoncée, débusquée et punie, d’où la rédaction de son « Livre de Gomorrah ». Il « s’appuie sur une tradition de longue date pour dénoncer le vice sodomite. En effet, depuis le Bas-Empire romain, cette pratique est dénoncée ; l’Église la reprit à son compte, essayant de contrer le mal. Nous verrons donc pourquoi Damien croit qu’il est important que des mesures soient prises concernant la sodomie ».

 

Un tel constat, de telles accusations venues d’un religieux servent comme un témoignage pouvant conforter les écrits ici et là relatant d’activités sodomites exercées volontairement ou sous la contrainte lors d’une messe ou de la confession.

 

Le fameux Marquis de Sade, tant condamné de son vivant, avait décrit une messe noire surnaturelle, dont voici un extrait des plus choquants mais pouvant très bien avoir été réalisé effectivement ; Juliette raconte : « La messe se disait, et les ordres donnés pour que mes désirs s’exécutassent avec la même célérité que ceux du souverain pontife. Dès que l’hostie fut consacrée, l’acolyte l’apporta sur l’estrade et la déposa respectueusement sur la tête du vit papal. (…) Sodomisée par le pape, (l’hostie) dans le cul, ô mes amis, quelles délices ! Il me semblait que je n’en avais jamais tant goûté de ma vie. Nous retombâmes épuisés au milieu des divins objets de luxure qui nous entouraient, et le sacrifice s’acheva. (…) Je me fis foutre une trentaine de coups, sous les yeux du pape, au milieu d’un groupe de jeunes gens ; j’en excitais communément quatre pendant que j’étais l’objet des caresses de deux. (…) Une nouvelle messe se célébra, et, cette fois-ci, l’hostie apportée sur le plus beau vit de la salle, s’introduisit dans le cul du Saint-Père, qui, commençant à rebander, me rencula en s’entourant de fesses ». (Marquis Donatien Alphonse François de Sade – Justine ou les malheurs de la vertu ; édition hollandaise - Le Livre de Poche)

 

Le sacrilège atteint son apogée lorsqu’un objet sacré de la messe, de surcroît le « Corps du Christ », est utilisé lors des fornications dont Satan est réputé l’Inspirateur et le bénéficiaire. Le Marquis de Sade est célèbre pour sa provocation gratuite, son imagination anti cléricale : aussi, tout ce qu’il raconte n’est qu’invention, provocation coupable. Sauf que Pierre Damien, en 1049, écrit ce « Livre de Gomorrah » dans lequel cet homme fait saint dénonce bel et bien des mêmes agissements scandaleux perpétrés par des religieux adonnés à ces pratiques, et bien pire encore, au point dit-il, de devoir risquer de choquer le pape en s’imposant le devoir de lui commenter pareilles exactions sexuelles se déroulant au sein même de l’Eglise.  

  

Le saint commente : « Il y a, selon lui, quatre façon de pratiquer ce vice ; la masturbation solitaire, la masturbation mutuelle, la fornication inter fémorale (entre les cuisses) et les relations anales. Chacune de ces quatre variétés de sodomites mérite un châtiment exemplaire ; cependant, il note que les prélats ne se soucient pas assez de ce problème et que, souvent, un sodomite pourra continuer à exercer sa charge religieuse, si haute fut-elle, sans être inquiété. Il préconise donc un retour à la Loi biblique, qui prescrit la punition très sévère du fautif et même, au sens littéral, la mort (l’Inquisition se servira abondamment de ce dernier point). Il ne propose pas, lui, d’en arriver à cette extrémité ; cependant, il demande que les coupables soient suspendus de leurs charges et exclus des ordres, puisqu’ils sont habités par le Diable, abandonnés de Dieu. Étant impurs, ils ne sont pas aptes à remplir l’office divin, ni à absoudre les péchés, ni à cohabiter avec des moines purs. En ce cas, pourquoi resteraient-ils dans les ordres ? Plus encore, Pierre Damien déplore le fait que de tels ministres divins soient, en réalité, des dangers pour leurs ouailles. Il semble totalement scandalisé quand il évoque la question des ecclésiastiques, évêques ou curés, qui pratiquent la sodomie en compagnie de leurs fils spirituels » que sont les païens.

 

Des enquêtes sont menées en interne, les religieux sodomites conseillent de pratiquer en plus grand secret. Ils évitent la confession avec un inconnu : « À plusieurs reprises, saint Damien fait référence au caractère diabolique du vice de sodomie. La confession en est l’exemple le plus subtil ; en se confessant les uns les autres, les sodomites cultivent le cache-cache, l’un des nombreux artifices du Diable. De même, ces actes souillent non seulement le corps, mais surtout l’âme, destinée aux tourments de l’enfer pour avoir cédé à la tentation ».

 

« En plus d’attaquer l’immoralité sexuelle, Pierre Damien attaque également la hiérarchie de l’Église, en montrant que les évêques, en ne s’occupant pas de la sodomie qui se répand, sont complices, et donc participent à l’œuvre du Diable. À un niveau plus grave, il cite le cas d’évêques étant eux-mêmes atteint du vice; il sous-entend donc que chaque ecclésiastique peut être un sodomite, même s’il occupe une haute charge. Dans ce cas, il dit préférer que l'évêque fautif soit déposé, même s’il n’y a personne pour le remplacer, car, pour lui, il vaut mieux ne pas avoir d’évêque que d’en avoir un qui pactise avec le Diable.

Ce livre, par ses formules et le sujet dont il traite, finit par choquer plusieurs membres du clergé, non parce qu’il dénonce un fait dont tous avaient connaissance, mais parce qu’il fut qualifié d’obscène. Il faut cependant noter que Pierre Damien, par ses traités et ses volontés de réforme, se fit beaucoup d'ennemis, entres autres à cause de son traité sur la simonie ; à présent, il accuse le clergé de dépravation sexuelle. Ses dénonciations, trop fréquentes et trop incriminantes pour certains, firent en sorte que la colère monta au sein de la hiérarchie ecclésiastique ». (Véronique Martel – La sodomie, le Diable et la contre nature)

 

Malgré les menaces, et puisqu’en haut lieu les puissants faisaient de même, les autorités fermèrent les yeux encore longtemps sur ces pratiques. Nous mentionnons l’épilogue du texte de l’auteur qui suit, citant les condamnations en cours d’élaboration pour éradiquer le phénomène luxurieux perpétré au sein de l’Eglise du premier moyen âge : « Comme nous l’avons vu, Pierre Damien considère la sodomie comme un péché mortel, inspiré par le Diable, dont il est possible de se laver par une pénitence appropriée à la faute. Cette conception restera en usage jusqu’au milieu du XIIème siècle. Cependant, nous avons déjà mentionné qu’à l’époque de Damien, la sodomie est de plus en plus souvent associée à un comportement hérétique. De péché mortel, la sodomie devient peu à peu un crime, châtié par les autorités civiles et condamné par l’Église. En effet, le Concile de Latran III, en 1179, fait adopter des mesures destinée à réprimer ce vice ; de même, plusieurs villes intègrent, dans leurs Coutumes, des lois contre l’homosexualité. Les peines imposées sont diverses ; mutilation, flagellation, saisie des biens, amendes, bûcher. La sévérité de la punition variait selon l’âge au moment des faits et le rôle tenu pendant l’acte ; par exemple, le partenaire passif aura droit à une peine plus lourde. La lutte contre les hérétiques, qui bouillonne en Europe entre 1150 et 1250, dispose donc d’une nouvelle arme incriminante. À partir de ce moment, tous les hérétiques seront accusés d’être des sodomites, et tous les sodomites deviendront des hérétiques.

De plus, à la même époque, on assiste à une revalorisation de la Nature, qui devient la référence ultime ; c’est cette nature qui mène et définit le monde, qui définit les lois, qui régit la vie de la chrétienté et qui donne une place intangible aux lois biologiques. L’acte de sodomie devient donc un refus des lois naturelles et par extension, une sacrilège contre Dieu. (Véronique Martel – La sodomie, le Diable et la contre nature)

 

« Qui peut s’attendre à voir le troupeau prospérer lorsque son pasteur s’est profondément enfoncé dans les entrailles du Diable…  qui fait d’un clerc une maîtresse, ou une femme d’un homme ? Qui, par sa luxure, livre un fils dont il doit spirituellement rendre compte à Dieu à l’esclavage sous la loi de fer de la tyrannie satanique », tonne saint Damien. Faisant une analogie entre la punition infligée au père qui entraîne sa fille dans un inceste familial ou le prêtre qui commet « l’acte sacrilège » avec une nonne, avec la souillure d’un clerc par son supérieur, il demande si ce dernier peut échapper à la condamnation et continuer sa sainte fonction ? En vérité, le dernier cas mérite une punition* encore plus sévère dit Damien, parce que, alors que les deux premiers sont des relations naturelles, un supérieur religieux coupable de sodomie a non seulement commis un sacrilège avec son fils spirituel, mais il a aussi violé la loi de la nature. Un tel supérieur non seulement se damne lui-même, mais entraîne quelqu’un avec lui, déclare saint Damien.

 

(* « Prenons par exemple les peines physiques et spirituelles décrétées par l’architecte du monachisme oriental, Saint Basile de Césarée (322-379), pour les clercs et les moines pris à faire des avances sexuelles (embrassades) ou violant sexuellement de jeunes garçons ou des hommes. Le coupable avéré devait être fouetté en public, sa tonsure supprimée (crâne rasé), mis aux chaînes et emprisonné pour six mois, après quoi il était confiné dans une cellule séparée et on lui ordonnait de faire des pénitences sévères et des veilles de prières pour l’expiation de ses péchés sous l’œil inquisiteur spirituel d’un frère plus âgé. Son régime se composait d’eau et de pain d’orge – le fourrage des animaux. En dehors de sa cellule, lorsqu’il effectuait des travaux manuels et se déplaçait dans le monastère, il devait être constamment surveillé par deux frères moines afin qu’il ne puisse jamais avoir de contacts avec de jeunes hommes ou garçons ».)

 

Les questions qui demandent un prochain chapitre sont la suivante : quel intérêt avaient ces religieux de sodomiser leur prochain ? Pratique punitive, exercice magique, union subtile démoniaque, simple luxure ou stupre raffiné que celui de se fourvoyer dans l’obscénité quand le public vous juge à l’égal d’un saint ?

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
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