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Bien sûr, ces religieux, dévots d’abord des saint Foutin saint Guerlichon, n’avaient rien de commun avec ceux que nous connaissons aujourd’hui. Leurs pratiques, pleines de confusions, tentaient le mélange indélicat d’un culte permissif hérité de la mythologie romaine ex-grecque avec les rites consacrés au Christ, lequel exigeait, inversement, une ascèse doublée d’une conduite chaste.
Pour expliquer les comportements dits
« débauchés » de ces hommes, pratiquant des actes luxurieux surtout ceux contre nature, des auteurs évoquent le mépris de beaucoup de ces hommes pour les femmes, lesquels espéraient en
entrant dans l’Eglise, s’assurer de les fréquenter le moins possible. Ceux animés d’un vrai sentiment misogyne comme les « efféminés » trouvaient dans cette Eglise le meilleur moyen de
vivre loin d’elles en même temps de satisfaire leur libido. Un passage du livre « L’image de l’Amour
charnel au Moyen Âge » de Florence Colin-Goguel intitulé « Quand les évêques étaient sodomites », décrivant un « pion de trictrac »,
aborde mieux encore les raisons :
« Ce pion de trictrac en ivoire de morse du XIIème siècle (musée du Louvre, Paris) caricature la sexualité d’un évêque et évoque le climat de liberté homosexuelle s’épanouissant à l’époque, notamment en France, au nord de la Loire, et en Angleterre. En témoigne la nomination à l’évêché d’Orléans en 1096 de l’archidiacre Jean, mignon du défunt évêque et du frère de celui-ci, Raoul, lui-même archevêque de Tours. L’évêque Yves de Chartres accusait : « Il a été le mignon du défunt, le roi de France me l’a déclaré, et pas en secret mais en public, et le bruit de cette inconduite s’est tellement répandu dans tout l’évêché d’Orléans et dans les villes voisines qu’il a reçu des chanoines, ses collègues, le surnom d’une concubine fameuse, Flora. »
Sanctionnée par la castration à l’époque mérovingienne, l’homosexualité avait resurgi ouvertement à la cour de Charlemagne. Mais ni son cartulaire de 829, recopiant le concile d’Ancyre, ni les pénitentiaires n’allèrent au-delà d’une « dure pénitence » en condamnation. Le souci de l’Église était, d’abord et avant tout, l’établissement des règles les plus strictes dans le mariage. D’où la situation paradoxale aux XIème et XIIème siècles de grande liberté homosexuelle, pratiquée chez les clercs comme chez les nobles : le roi d’Angleterre lui-même, Guillaume le Roux, fils du Conquérant, montrait l’exemple.
Ce jeton de mérelle qui représente un évêque, couronné de la mitre à deux cornes, chevauchant armé d’une hache et muni d’éperons, donne une image de la réalité des prélats, puissants seigneurs n’hésitant pas à guerroyer. Sa facture très soignée et sa matière précieuse font appartenir ce jeton à un jeu utilisé dans la haute noblesse ou aux échelons ecclésiastiques les plus élevés dans un clin d’œil amusé à sa liberté de mœurs ou à celle de sa caste.
Cet évêque sodomite est caractérisé par sa représentation : il chevauche sur le dos son partenaire et a le corps couvert d’écailles, en osmose avec le poisson-homme, sirène – symbole de luxure – dotée d’une tête masculine désignant l’orientation homosexuelle. De façon aussi peu équivoque, l’évêque tient enrênée sa monture par une écharpe partant de la bouche de la sirène masculine et s’enroulant gracieusement autour de la queue.
Lors du concile de Latran en 1215 établissant les règles du mariage laïc, l’Église préféra édicter l’interdiction du mariage des prêtres, signe de leur obligation de « chasteté », pour s’appuyer sur la très solide misogynie des clercs homosexuels qui écrivaient dans le Débat entre Ganymède et Hélène (Ganymède, divin grec ayant eu des rapports avec Zeus Jupiter) ». (Florence Colin-Goguel – L’image de l’Amour charnel au Moyen Âge, Editions du Seuil, 2008)
On trouve trace de cette misogynie même chez des occultistes comme Eliphas Lévi, lequel historiquement sortit du moule chrétien. Exemple : « Ce qui apporte le plus grand obstacle à la direction du magnétisme, c’est la mauvaise foi ou la mauvaise volonté des sujets. Les femmes surtout, qui sont essentiellement et toujours comédiennes ; les femmes qui aiment impressionner en impressionnant les autres, et qui parviennent à se tromper les premières lorsqu’elles jouent leurs mélodrames nerveux ; les femmes sont la vraie magie noire du magnétisme. Aussi sera-t-il impossible à des magnétiseurs non initiés aux suprêmes arcanes et non assistés des lumières de la kabbale de dominer jamais cet élément réfractaire et fugitif. Pour être maître de la femme, il faut la distraire et la tromper habilement en lui laissant supposer que c’est elle-même qui vous trompe. (…) La perpétuité des caresses engendre vite la satiété, le dégoût et l’antipathie, de même qu’une froideur ou une sévérité constante éloigne à la longue et décourage l’affection ». (Eliphas Lévi – Dogme et rituel de haute magie)
En somme, le dogme religieux autant que des pratiques magiques réclament aux siens de s’éloigner autant que possible de la gent féminine, incarnation du mal par Eve et responsable de toutes les périodes décadentes de l’Histoire.
La deuxième grande raison touche à une combinaison entre les rites permissifs
hérités des cultes romains et la sacralité qui fait le faste du cérémonial catholique. Le religieux du premier moyen âge, préservant pour ses fidèles les rites phalliques de Priape devenu saint
Foutin, se plait à les revisiter, dans leur mise en scène, par l’apport théâtral du culte christique, idéal pour impressionner les fidèles et les esprits eux-mêmes. Ainsi, chaque geste de
débauché prend un caractère sacré.
Si des religieux de ces temps-là abusaient nettement de leur situation professionnelle et financière aisée et pour cela, exerçaient une débauche car celle-ci accompagne toujours le luxe, d’autres combinaient les cultes afin de tenter la grande expérience, celle de commercer avec des esprits élémentaires que Paracelse décrivit longuement dans ses révélations.
D’autres encore, n’ayant pas complètement divorcé des Gnostiques, ceux-là même qui
avaient des aversions pour le Dieu créateur de ce bas monde matériel Ildabaoth, approchaient de la Gnose par la voie sexuelle dans laquelle ils libéraient leur libido et laissaient exprimer leur
caractère libertin. Parmi eux, des plus sérieux, ayant reçu par des contacts appropriés des enseignements kabbalistiques, ils possédèrent les noms et profils des désormais grands démons des plans
contigus au nôtre et officièrent, en se servant de tout le cérémonial et les objets sacrés catholiques, l’antique culte rendu à Vénus androgyne.
La troisième raison touche à la sorcellerie que bien des prêtres de saint Foutin exécutaient. Un principe est inhérent à toute magie, « que pour obtenir quelque chose, il faut concéder quelque chose », d’où le « sacrifice », qui découle « d’un échange de bons procédés » équivalant à l’aphorisme : « On n’a rien sans rien ». Ou, plus clairement encore : « C’est le prix à payer »*. De la sorte, une femme qui désire jeter un sort d’ordre luxurieux sur autrui accepte comme sacrifice (en échange) de se livrer à la débauche avec plusieurs mâles inconnus censés représenter tous ensemble la seule force du démon invoqué (pratique de Messaline pour Priape).
(* Ce qu’on peut appeler aussi « l’engagement » et qu’on trouve dans la signature du pacte : « Les évocations étaient souvent suivies de pactes, qu’on écrivait sur du parchemin de peau de bouc avec une plume de fer et une goutte de sang qu’on devait se tirer du bras gauche. La cédule était double : le malin en emportait une, et le réprouvé volontaire avalait l’autre. Les engagements réciproques étaient, pour le démon, de servir le sorcier pendant un certain nombre d’années, et, pour le sorcier, d’appartenir au démon après un temps déterminé ». (Eliphas Lévi – Dogme et rituel de haute magie))
Un homme qui désire dominer le monde vient se soumettre aux
pieds d’une putain, la vénérant comme une sainte Madone alors qu’il la sait Messaline, attendant de percevoir surgir d’elle Lilith, à moins que ce ne soit Asmodée.
Dans le rituel du sabbat voué au Diable au premier moyen âge, une pratique étrange consistait, pour le néophyte, « de baiser respectueusement le derrière du bouc (on y trouvait soit son anus, soit un visage démoniaque, soit son phallus), et l’ordre en était donné sans ménagement. S’il refusait, on lui revoilait la tête et on le transportait loin de l’assemblée avec une telle rapidité, qu’il croyait avoir été voituré par les nuages ; s’il acceptait, on le faisait tourner autour de l’idole symbolique, et là, il trouvait, non un objet repoussant et obscène, mais le jeune et gracieux d’une prêtresse d’Isis (ou de Vénus), qui lui donnait un baiser ; puis il était admis au banquet ». (Eliphas Lévi – Dogme et rituel de haute magie)
Des sorcières assuraient avoir des rapports physiques avec le Diable après qu’elles lui avaient embrassé le derrière et juraient que Satan préférait les copuler par l’anus. A nouveau, nous revenons à notre point de départ.
Punition lors des confessions, pratique de la communion la deuxième nuit de la Messe Noire, « rapports entre hommes car Eve incarne le Mal », sortilèges et sabbats infernaux avec baiser au derrière du Démon sont autant d’excuses mystiques que les anciens religieux du moyen âge avouèrent pour expliquer les pratiques anales qu’ils commettaient avec les fastes du sacré au cours de leurs cérémonies occultes.
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