Le blog de Jacques Moritz
Le Grand Bouc des cultes antiques, figuré aussi sous la forme d’un Phallus,
inspira plus d’un homme et une femme à pratiquer par derrière faisant ainsi son sacrifice. Les habitants de Sodome devaient honorer comme cela leur dieu futur démon, aussi furent-ils accusés de
commettre des pratiques honteuses. Mais comme le soulignent certains historiens, les actuelles religions déjà présentes aux temps antiques condamnaient trois techniques sexuelles particulières
que sont la masturbation, la fellation et la sodomie. Les mêmes assurent que ces exercices étaient pratiqués par certains Gnostiques au cours de rites sacrés. Ceux-ci appartenaient à des
mouvements aussi divers que les Caïnites (disciples de Caïn), les Sodomites ou les Ophites (Serpent). Leur explication dogmatique de la chose était simple : « Ce monde est voué à la
bassesse puisqu’il est le produit d’un dieu mauvais, aussi prenons notre bien de plaisir et évitons toute procréation ». Ce qui allait, bien entendu, à l’inverse de tous les autres
mouvements religieux qui réclamaient une fécondité pour chacune, on connaît bien le verset : « Croissez, multipliez ! ». Le noir du monde et son lot d’injustices chroniques*
inspiraient nombre de ces mystiques dits « Gnostiques » de pratiquer tous les exercices que la licence débridée permet d’effectuer et qui n’engendrent point de descendance. Ils
nommèrent des dieux qui devinrent vite des démons car ceux-ci influençaient les hommes d’assumer une sexualité en vue de les glorifier mais point pour la génération.
(* Albert Frank-Duquesne, dans « Réflexions sur Satan en marge de la tradition
judéo-chrétienne » (Desclée de Brouwer, 1948) évoque l’épisode biblique de Sodome repris par saint Jude, se déroulant « entre les Anges, les Sodomites et les Gnostiques ; il
écrit : « L’homo angélisme (mépris de la matière, de l’homme, de l’incarnation, consistant en une sorte « d’homosexualité spirituelle ») correspond à l’inversion charnelle des
sodomites. Voici la traduction que Frank Duquesne propose de Jude 7 : « De même, Sodome et Gomorrhe et les villes circonvoisines, ayant forniqué de la même façon (que les anges susmentionnés) et
s’étant prises de convoitise pour une autre vie (que la légitime), gisent là en exemple, subissant la sanction d’un feu éternel ». Saint Jude suggère dans le verset suivant un parallèle avec les
Gnostiques : « Semblablement, ces délirants souillent la chair, méprisant la seigneurie, blasphémant les gloires » ; commentée ainsi par Frank-Duquesne : « Les Gnostiques méprisent la
matière. L’incarnation leur répugne, et la gloire que, par elle, l’homme peut tirer de la Croix, de la Chair et du Sang théantropiques. Analogiquement, nous l’avons vu, en refusant le commerce
sexuel normal pour se confiner dans l’homosexualité, les citées perdues font, elles aussi, fi de cette universelle complémentarité (dont la sexuelle n’est qu’un aspect)… Gnostiques et Sodomites
ne font que refléter, sur les « plans » respectivement psychique et somatique, l’homophysie, l’homopneumatisme, l’angélisme exclusif et gendarmé des anges déchus ».)
(photo : Elagabal)
C’est ainsi que l’on apprend qu’il exista des « cérémonies orgiastiques à des fins liturgiques et mystiques : fellations de groupe chez les
gnostiques connus d’Épiphane, qui recueillaient le sperme pour « éviter de faire des enfants à l’archonte », c’est-à-dire au dieu de la Genèse ». Ou cette célèbre pratique
tantrique de la retenue du semen, supposée exécutée pour des raisons religieuses ou de régénération du corps, et qui rejoignent finalement les autres techniques, dont le but est de ne point
procréer pour ce bas monde ». Plus tard, du temps des Romains, des histoires courent au sujet de l’Empereur Elagabal qui aimait pratiquer des séances de fellations de groupe, épreuves
libidineuses à souhait mais on précise « qu’elles étaient vouées aux œuvres du sacré ». Il aimait aussi le travestissement en femme et le bondage. Les Ophites ou
Gnostiques dont l’idole était le serpent, pratiquaient la fellation et l’on saisit
pourquoi, lorsqu’on relève que l’organe génital du mâle épouse la forme d’un serpent. Le tantrisme de la Main Gauche prescrit dans son Skanda Purâna : « Celui qui laisse s’écouler sa
vie sans avoir honoré le phallus, a perdu son temps. Après la mort, il n’atteindra pas un monde meilleur. Son intelligence se dégradera. Si l’on met en balance d’un côté l’adoration du phallus et
de l’autre la charité, le jeûne, les pèlerinages, les sacrifices et la vertu, c’est l’adoration du phallus, source de plaisir et de libération, qui protège de l’adversité, qui
l’emporte ».
Les Gnostiques antiques se montrent à ce point « négatifs » dans leur vision de ce bas monde qu’ils en viennent à sacraliser des différentes techniques érotiques, celles qui ne peuvent point féconder*. Comme ce mouvement ne fut point le produit d’un groupe d’hommes isolés mais au contraire de fidèles appartenant à différents cultes ayant accepté ses idées dogmatiques, nous trouvons des aspects de ces conceptions dans certaines croyances, celles-là mêmes qui furent plus tard combattues par les religions monothéistes. Des cultes, inspirés par cette logique, sacralisèrent les techniques sexuelles qui n’engendraient point, et les hommes les dédièrent à leurs divinités.
(* « C’est le cas de la secte gnostique des Ophites, au premier et deuxième siècle, connus pour adorer le Serpent, identifié ensuite avec celui de la Genèse ; les mêmes adoraient tous les damnés de l’Ancien Testament, Caïn, Esaü, Coré, les Sodomites dont certains avaient pris le nom ; ils les regardaient comme des enfants de la sagesse et des ennemis du principe créateur. Dans leurs livres saints, comme « l’Evangile de Judas » et le récit de « l’Ascension de saint Paul », les Caïnites avaient inséré des choses horribles. Ils prétendaient que la perfection consistait à commettre le plus d’infamies possibles. D’après Théodoret (vers 453/458), ils affirmaient que chacune des actions infâmes avait un ange tutélaire qu’ils invoquaient en la commettant. Une femme de cette secte, nommée Quintille, étant venue en Afrique du temps de Tertullien (155-225), s’y fit beaucoup d’adeptes, qui prirent le nom de « quintillianistes ». Tertullien indique que Quintille avait ajouté des pratiques abominables aux infamies des Caïnites.)
Nous savons par Jacques-Antoine Dulaure combien les « vœux » liés à la
fertilité, la fécondation furent nombreux et les cultes, qui évoluèrent jusqu’au premier moyen-âge, convertis en des messes destinées à la génération. Aussi devinrent-ils des ennemis pour eux
ceux des Gnostiques qui glorifièrent les exercices sexuels dits « stériles » qu’ils pratiquaient parfois effrontément en s’assurant un plaisir jouissif dont ils s’étaient convaincus
qu’il leur était apporté par les démons qu’ils idolâtraient. Le buste de l’idole se tenait droit, ayant la tête d’un animal fougueux, et les hommes s’autorisaient à des rapports physiques entre
eux devant elle, souvent sans femme pour éviter le lien avec la « procréation » (cf. Secte des Baptes), exprimant leur goût pour la luxure hors de la génération. De cette façon, ils
parvinrent même à édifier un culte à partir de ces trois techniques citées plus haut que sont la masturbation, la fellation et la sodomie : il ne resta plus qu’à donner à ces dernières une
personnification supérieure. Or, s’il n’y a pas la génération, il y a la mort. Anubis, autant que l’Hermès grec psychopompe, conviennent à ce rôle. Autant Seth que Lilith, Asmodée que Bastet,
tous ces divins qui ont pour dogme de ne point engendrer. Assurément, le plus grand de tous sera Satan, à la fois unique (un pour tous) et les réunissant tous (tous en un), l’ennemi
idéal.
Puisque les démons avaient introduit dans l’activité sensuelle des techniques permettant de goûter à ses réjouissances sans la contrainte d’engendrer, c’est, pensèrent-ils, que ces pratiques permettaient de commercer avec eux ; et qu’en les invoquant au moment de commettre leurs luxures, ils se montreraient efficaces à réaliser tous sortilèges. De plus, la femme étant directement liée à la génération (procréation), elle fut chez certains écartée et même proscrite de bien des assemblées nocturnes et des rituels phalliques qui s’y pratiquaient. Chez d’autres, ce fut le contraire : incarnant seule la luxure, substance qui plaît tant aux démons, elle devint un attrait pour tous, à l’image de leur Idole (Nombreux furent les Gnostiques qui continuèrent d’adorer Sophia, ou Prunikos, représentation de la Concupiscence) Bouc et Serpent. C’est ici le début de la sorcellerie.
L’Antiquité est pleine d’événements graveleux où des personnages éminents participèrent à des parties fines qu’ils vouèrent dévotement à tel ou tel divin.
De même l’Empire romain connut nombre de personnages célèbres qui s’offrirent jusqu’aux plus sordides luxures, toujours commises en l’honneur de tel ou tel dieu, l’un de nos actuels démons. D’où
ces quelques versets tirés du Nouveau Testament qui appelle à un frein des dépravations exercées jusqu’au sommet de l’Etat, nous citons : « Ne vous y trompez pas : ni les fornicateurs (pornòi), ni les idolâtres, ni les adultères (moichòi), ni les dépravés (malakòi),
ni les sodomites (arsenokòitai), ni les voleurs, ni les cupides, ni les ivrognes, ni les calomniateurs, ni les pillards n’hériteront du Royaume de Dieu » (1 Corinthiens 6, 9). « Sachez-le
bien, ni le fornicateur (pòrnos) ni l’impur (akàthartos) ni le cupide, qui est un idolâtre, n’auront en héritage le Royaume du Christ et de Dieu » (Ephésiens 5, 5). « On sait bien tout ce
que produit la chair : fornication (pornèia), impureté (akatharsìa), débauche (asèlgheia)…; je vous préviens, comme je l’ai déjà fait, que ceux qui commettent ces fautes-là n’hériteront pas du
Royaume de Dieu » (Galates 5, 19-21).